27/05/2018

Chap XIV

 

Les cartes postales du BAUHAUS

Certaines cartes postales anciennes de collection, parvenues au top de la sphère cartophile, sont à compter sur les doigts de la main. Il en existe, mais sont introuvables comme le trésor d’Ali-Baba. Peu d’afficionados savent peu ou prou sur leur existence et sur leur importance. C’est comme si personne ne les recherchait ou n’en voulait pas. Elles sont groupées en une série ayant pour nom : « la série des 20 cartes postales illustrées du BAUHAUS ». Au cours de ces dernières décennies, et en raison de leur extrême rareté, elles représentèrent le fleuron de la cartophilie et furent activement recherchées. Que sont-elles, que représentent-elles ces cartes ?

La série de 20 cartes postales illustrées du BAUHAUS date de 1923. Elle proclame la naissance du mouvement architectural du même nom. Chaque carte représente une œuvre graphique signée par son auteur, professeur et membre du BAUHAUS (voir noms plus bas). La série resplendie de trois qualités : originalité, avant-gardisme, manifeste théorique pour une architecture nouvelle. C’est la raison pour laquelle elle jouit d’un grand prestige national et international, se rangeant au top des autres séries connues de ce hobby. L’Allemagne et l’Amérique en sont les principaux thésaurisateurs du marché .Sa cotation enviable progresse à l’instar d’œuvres rares de grands artistes du XXème siècle. En Suisse comme en France, peu de collectionneurs goûtent le plaisir de les admirer dans leurs albums, ou simplement d’en croiser dans les stocks de marchands. Elles sont quasiment introuvables et étonnement méconnues du grand public. Des copies existent mais sont peu prisées. Il y a une dizaine d’années, la société viennoise de ventes aux enchères Markus Weissenböck. (www.wiener-werkstaette-postkarten.com) a présenté pour la première fois une série en vente publique. Une parution inattendue, un événement rarissime. Une exception parmi des centaines de milliers de cartes changeant de main, vendues dans les bourses, marchés et clubs, annuellement. Prix atteint dans la vente : 70.000 euros la série ! Soit en moyenne, 3500 euros l’unité ! Un record mondial, une première ! Cette vente reçut immédiatement une ovation dans la salle, et marquera longtemps les mémoires.

Un homme, un spécialiste cartophile, expert des Etudes postales françaises, joua un rôle clé dans la transmission de la passion cartophile à un très grand nombre de ses concitoyens et au-delà des frontières européennes. Il a pour nom Gérard Neudin. Cet homme consacra son énergie et un grand bout de sa vie à mettre de l’ordre et de la transparence dans l’immense fouillis que constitue l’univers cartophile. C’est lui le découvreur qui, pour la première fois, dévoila dans l’un de ses Argus des années 2000, la liste sacrée des cartes du BAUHAUS . Durant plus de vingt ans, en rédigeant ses Argus,il s’attela à l’élaboration d’une méthode nouvelle et rationnelle permettant un classement efficace du fatras que représentent les cartes de collection, en particulier leur thématique .Sa formation de polytechnicien aidée d’une sœur agrégée es lettres, aboutirent à une large publication d’une vingtaine d’Argus devenus : « la Bible du collectionneur » . Il incarnait à lui seul le savoir encyclopédique cartophile français. Un apport immense qui fit honneur à son pays. Neudin quitta ce monde en avril 2001 sans avoir hélas pu jubiler à la publication de son dernier opus.

Histoire, publication, diffusion

Le BAUHAUS (littéralement, maison du bâtiment) est une école d’architecture fondée en 1919 à Weimar par l’architecte allemand Walter Gropius, celui-là même qui participa à la construction de certains gratte-ciel de New-York, conjointement avec son confrère Mies Van der rohe. Sa théorie architecturale concourrait à une « tabula rasa » du passé ; en particulier, la suppression de tout artifice ornemental extérieur et une simplification frisant un style quasi monastique de l’intérieur. Simplicité, fonctionnalité, économie constituèrent les maîtres mots de son paradigme architectural. Il est considéré comme un précurseur de l’architecture de masse, industrielle et rapide. Le Corbusier en donna un juste exemple de cette vision gropiusienne. En effet, la révolution industrielle du XIX siècle en Europe créa les matériaux facilitant l’essor de cette jeune architecture. Corollaire, une floraison d’idées nouvelles initia un accroissement notable de l’offre de biens de consommation. Dans la foulée, des mouvements culturels avant-gardistes gagnèrent le cœur de la plupart des mégapoles continentales. Exit l’art bourgeois, « Jugendstyl » du XIX siècle. Du sang nouveau captiva la jeune génération. Celle-ci se montra réceptive et assimilatrice des idées nouvelles des maîtres du BAUHAUS. Expressionnisme, constructivisme, suprématisme, etc. sont les nouvelles conquêtes du champ pictural et graphique de ce début du XXème siècle. Le progrès technique aidant instilla la production de masse et une standardisation des éléments de construction tout en influant sur leur coût de fabrication- Modules, éléments préfabriqués, matériaux légers tels que : métal, verre, bois, etc. accélérèrent la sortie de terre du bâtiment.

L’école comprenait plusieurs ateliers pratiques interférents. A l’instar de la Hauptgewerbeschule Viennoise, Gropius axait son œuvre autour de la facilité fusionnelle des composants architecturaux en les résumant dans : « Art et technique, une seule unité ». Cette conception put paraître un peu simpliste, mais elle ouvrit la voie à un « style international » une architecture simple et aisément identifiable. Le Corbusier ancien élève du BAUHAUS, en fut le plus ambitieux pratiquant de cette architecture. En juillet 1923, la direction du BAUHAUS, organisa à Weimar des « portes ouvertes » à l’attention des habitants de cette ville. Une invitation qui avait aussi pour but de familiariser le public autochtone aux postulats de la nouvelle architecture, ainsi que les conditions d’admission à l’attention de volées d’étudiants venus de l’intérieur et de l’extérieur. Profitant de cette courte fête, l’école édita une série de 20 affiches créées par ses professeurs ordinaires, affiches d’art traduisant les styles et les idées individuelles en toute liberté. Les 20 cartes postales de cet événement bauhasien sont polychromes, de format standard 15x13 cm reproduisant les affiches in extenso. Leur force et leur valeur sont associées au renom de leurs auteurs, parmi lesquels des noms célèbres : Klee, Kandinsky, Bill, Moholy-Nagy etc. L’école malgré sa renommée et ses promesses elle connut malheureusement une vie courte, celle d’un adolescent (1911-1933). En effet, 1933 lui fut funeste. C’est l’année de la prise de pouvoir par le Führer Adolf Hitler. Le chef du parti National Socialiste allemand allait gouverner d’une main de fer et bouleverser la politique interne aussi bien que la politique externe, sans état-d’âme. L’Institution BAUHAUS reçut le coup de grâce. Il fut asséné par Goring, ministre de la Propagande nazie qui l’a d’emblée rejeté en tant « qu’école d’Art dégénéré ». Conséquences : déménagement et exil à l’étranger, à Chicago d’abord, puis Tel-Aviv. L’un des directeurs fut Hannes MEYER suisse d’origine. Personnage peu désirable dans le milieu, car militant es propagande communiste.

Le style BAUHAUS s’implantera jusqu’à ces dernières années dans de nombreuses villes allemandes et étrangères. Un beau bâtiment BAUHAUS abrite « l’institut français » à Tél-Aviv. Ce dernier est classé patrimoine mondial par l’UNESCO. Aujourd’hui, Il y a plus de 4000 bâtiments construits dans cette ville. Nommons les principaux artistes et professeurs ayant enseigné dans ce foyer académique des Arts et de l’architecture : Walter Gropius , Vassily Kandinsky , Paul Klee, Anni Albers , Josef Albers, Herbert Bayer Marianne Brandt Marcel Breuer Christian Dell Lyonnel Feininger Ludwig Hilberseimer Johannes Itten Ernst Kallai Gerhard Marcks László Moholy-Nagy Georg Muche Walter Peterhans Lilly ReichOskar Schlemmer Joost Schmidt Lothar Schreyer , Gunta Stölzl.

Parmi les maître engagés dans le rayonnement de l’école, figurèrent trois suisses ; Hannes Meyer, Max Bill, et plus tardivement Le Corbusier de son vrai nom ( Charles-Edouard Jeanneret ). La liste des contributeurs des 20 cartes se présente ainsi :

No1 et No2 Feininger

No3 Kandinsky                           No11 et No12 Bayer               No 20 Telschter

No4 et No5 Klee                         No 13 Haberer

No6 Marcks                                 No 14 Helm

No7 Moholy-Nagy                       No 15 Hirschfeld-Mack                    

No8 Schreyer                              No 16 Mack No 17 Molnar

No9 et no10 Baschant                No 18 et No 19 Schmid                                                 

                                                                                                                                                                                                                                                            

                                                                   

            

                                                           

                                                                      

                                                                     

 

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14/03/2018

Chap. XIII Les cartes postales illustrateurs

On appelle ainsi des Cartes Postales datant du début du XX siècle 1900-1910 environs, des cartes postales dont le motif essentiel est la représentation d’un modèle féminin icone de la mode et traduisant un style pictural rattaché aux courants d’art dominants du moment : impressionnisme, expressionisme, pointillisme, futurisme, sécession, etc. Ces cartes sont dans leur majorité (90%), en couleurs. Cette période précédant la première guerre mondiale (1914-1918), que les experts cartophiles appellent « L’âge d’or de la Carte Postale » a produit la plus part de ces cartes à l’unité ou en série. Des séries groupant dix cartes, vingt cartes, 100 cartes et dans un cas exceptionnel 1101 cartes ! Ce nombre impressionnant résume un ensemble cohérent et étroitement thématique qui mérite à lui seul plusieurs tomes. Etonnamment, on a découvert cet ensemble assez récemment lors d’une vente aux enchères chez la maison viennoise Markus Weissenböck, il y a une dizaine d’années. On a constaté cependant qu’elle comportait « des trous » c’est-à-dire des numéros manquants et dont on ne sait pas grand-chose. Cette série dite « Wiener Werkstäte » à pour sigle « WW » imprimé au verso de chaque carte «, cachet identitaire de cette série. En ce début du XXème siècle, Vienne alors capitale impériale et culturelle, occidentale, rayonnait de tous ses atouts jusqu’aux confins de l’Europe. Ces cartes furent conçues par l’école d’arts appliqués, la « Hauptgewerbeschule » école comptant dans ses classes des élèves prestigieux tels que : Egon Schiele, Oscar Kokoshka, Joseph Hoffmann, Maria Likarz, Moris Yung ,etc. D’autres cartes se rangeant dans cette catégorie relèvent du domaine privé, manufacturier, ou publicitaire, et leur intérêt découle de « L’art de l’Affiche », art qui a acquis ses lettres de noblesse sous les pinceaux de peintres illustrateurs dont : Alphonse Mucha, Jules Chéret (son créateur), Toulouse-Lautrec, Pierre Bonnard, Raphaël Kirchner, Caran- d’Ache, G.Bernard etc. Au fil du temps, le prix de ces cartes alla crescendo et leur nombre raréfié sous la demande d’amateurs allemands et surtout américains qui ratissèrent les bourses et marchés européens. Les cartes de Mucha furent désormais thésaurisées massivement et la clientèle européenne prétéritée dans son ensemble. Du reste, l’Amérique ne tarda pas à contribuer généreusement à la Fondation d’un « Musée Mucha »à Prague. Rappelons que la carte postale illustrateur est un format réduit à 9x13cm env. reproduisant l’Affiche originale dont elle est issue. L’excellent livre « Art Nouveau, la Carte Postale » coécrit par G.Fanelli et E.Godoli en rapporte lumineusement ses différentes sortes, origines et lieux d’édition. Cependant, force est de constater qu’on y a omis de présenter les cartes « WW », citées plus haut, mais cela s’explique par le fait que cette illustre série ne fut découverte que postérieurement à la parution de leur ouvrage en 1992. Les cartes postales illustrateurs, outre qu’elles attirent l’amateur par leur charme et leur virtuosité artistique, témoignent également d’un certain art de vivre de l’aube du XX siècle en Europe. Dans son livre, Sarah Bernard célèbre comédienne française déclara « On s’amuse comme des fous ». Les historiens modernes surnommèrent cette période « Belle Epoque ».En termes de transactions pécuniaires, ces cartes se placent au top niveau des cotations de ce loisir enchanteur. Elles représentent le must de la collection cartophile. De nos jours, ces cartes postales poursuivent leurs succès auprès du public nonobstant la multiplication des outils de communication-on line : Internet, Google, Facebook, You Tube etc. grignotant sans relâche leur terrain.

Outre pacifique, les artistes chinois de l’ère post maoïste ou intermédiaire, ont montré une virtuosité stylistique remarquable à travers des dessins et croquis réalisés en hommage à la beauté féminine chinoise. Cet art a pu se tracer un chemin entre les rigides motifs propagandistes des dazibaos populaires et les expressions naïves et simplistes des modèles chinois traditionnels. Ces cartes artistiques se distinguent leur faible tirage et surtout une exécution raffinée. Pendant la révolution rouge, les troupes de Mao criaient à hue et à Dia leurs slogans anti occidentaux connus : » A bas l’impérialisme américain, à bas le révisionnisme soviétique ». De manière générale, l’idéologie politique officielle était exprimée au travers des dazibaos (affiches politiques) qui recouvraient les murs des rues et des maisons. La révolution maoïste totalitariste, ne laissa aucune place à la parole libre et populaire. Mao-Tsé-tong exerçait un pouvoir absolu et répressif sur l’ensemble du territoire chinois. Durant un court répit répressif 1960-1962, quelques artistes isolés donnèrent cours à leur imagination et produisirent des cartes postales illustrateurs dignes des meilleures de leurs consœurs occidentales, voire mieux. En outre, ces cartes illustrateurs chinoises étaient enrichies de poèmes de grands écrivains, poèmes lisibles au recto de chaque carte. A notre connaissance, très peu de ces cartes illustrateurs chinoises traversèrent l’Océan, et venues enrichir passionnément l’univers convoité de ces cartes.  

Au vu du marché de l’art et des loisirs, la carte postale a un futur devant elle. Elle ne montre aucun signe de fatigue ni d’usure face aux prédateurs nombreux qui se dressent face à elle. A contrario, le timbre accuse une baisse d’intérêt public général. Les générations nouvelles ne s’en soucient guère. Les réseaux sociaux modernes l’adoubent sans scrupule et sans crainte. Elle assure une facilité de correspondance claire, transparente et sympathique.

 

 

Carte illlustrateur chine 1.jpgCarte illustrateur chinoise 2.jpg    

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10/12/2017

Chap.XII

 

Dans la cour du Panthéon, un crayon sur un cercueil délicatement posé par Emmanuel Macron Président de la République, est la plus touchante et émouvante image que la triste actualité me procura. Quelle idée, quelle invention, quelle modestie ? Jean d'Ormesson, écrivain prodigue, philosophe, journaliste, académicien, aristo, smart men, aux yeux lumineux d'azur, avait sur la vie, sur la société, et sur la politique, une conscience aigüe et universelle, mais toujours teinté d'humour et d'indulgence, de calembours parfois. Dans nombre de ses ouvrages, trois mots clés revenaient avec persistance : Dieu, la vie, la mort. Comme le maître du monde et sa prodigieuse semence. Il aimait le peuple, et il était heureux quand il apprenait qu'on aimait ses livres et qu'on les lisait. Pourtant, il était de descendance nobiliaire. En effet, jusqu'au septième livre, le succès le fuyait. En foi religieuse, il avait du mal à se définir, à se positionner et alors il versait dans "les peut-être" "on ne sait pas", "on verra après" Il laissait la place au doute. Parfois au cours de sa vie d'académicien, il prit parti en contre- pied des vieux caciques à la posture traditionnaliste et immuable, qui depuis 350 ans ne voulurent rien ajouter ni actualiser le règlement de l'Auguste assemblée. Il fut le seul à défendre bec et ongles l'acception de Marguerite Yourcenar première candidate féminine à l’Académie, depuis la création par Richelieu de ce prestigieux aéropage gardien, du temple Larousse. On l’affligea alors du surnom de « féministe », lui qui s’est marié à l’âge d’un « vieux garçon de 37 ans » .Il lut également le discours de bienvenue de Madame Simone Veil, un texte écrit et lu avec brio, couronnant son entrée à l’Académie, en surprenant le monde par ce début : « Madame, nous vous aimons ». Dans l’un de ses dernier ouvrages, « le guide des égarés », titre emprunté au savant juif Maimonide du Moyen-âge, il s’essaya à décrypter et à analyser les grands vecteurs littéraires et philosophiques du monde : Dieu, le bonheur, l’argent, l’amitié, la Liberté. La lumière, le Temps, etc. Enfin, il confia un jour son plus grand désir : « j’aurais eu l’honneur d’être un intellectuel juif »

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