07/04/2017

La bise noire

 

Je me souviens d’un jour d’avril,

quand la bise noire s’abattit sur le lac,

et giflait sans égard tout venant.

Sa force vive et transparente,

taclait rageusement des crêtes naissantes.

On entendait alors gémir les toiles des voiliers,

et crisser plaintivement les haubans.

Des mouettes râleuses, ivres et oisives,

piquaient de leur bec cisaillant,

les larmes écumeuses des remous,

comme pour broder les franges éparses de l’intruse.

Les poulardes inquiètes et peureuses,

au milieu de cygnes effarouchés,

regagnaient précipitamment leur gîte pierreux,

sous ce morne ciel de deuil et de colère.

Le lac ressemblait à un tas d’oripeaux flottants.

Le long des quais, de jeunes arbres,

effeuillés et malmenés imploraient le ciel.

Certains, se retrouvant gisants, sans vie.

Leur triste fin blessait mon regard.

Par-dessus le macadam, des essaims de feuilles mortes,

éperdues, virevoltaient et valsaient follement,

frappant comme d’impitoyables lanières en cuir,

et dans un chahut électrique,

la carcasse sifflante des voitures peinant à rouler.

C’était un jour d’Avril, dopé de bise noire.

Un vent du Nord patibulaire et glacial,

pénétrant, mordant, indésirable,

lacérant le badaud d’un impossible souvenir.

Ce jour-là, mon âme était lourde et brisée.

La bise noire est une vielle dame malicieuse,

Malfaisante jumelle de la sorcière hideuse de Halloween.

 

4 Mai 2016 © Burt Hann

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