26/05/2017

Chapitre VII

carte genevoise précurseur 1822.jpgcarte genevoise précurseur 1840.jpgGenève, pionnière de la carte postale ancienne

En matière d’émission de cartes postales anciennes, de leur création et origine, force est de déplorer par ignorance ou par indifférence, un rôle pionnier et central de Genève dans leur parution. En effet, jusqu’à ces dernières décennies, peu ou prou d’auteurs s’y sont intéressés. Il est vrai qu’il a fallu « laisser du temps au temps » pour décrypter la sphère cartophile et mettre en lumière quelques trouvailles archéologiques déterminantes, propres à revisiter son histoire et son développement, et surtout à remettre le « clocher au milieu du village ». Jusqu’à ces dernières années, la naissance de la carte postale était une fois pour toute scellée à une date historique incontestable : le 1er octobre 1869, date de la première émission à Vienne de la « Korrespondenze-Karte » 1er entier postal inventé par Emmanuel Hermann, député autrichien et directeur de la Poste autrichienne. Des exemplaires de ce modèle peuvent encore dormir dans les boîtes à chaussures de marchands philatélistes. Longtemps aussi, on contesta cette invention dans le but présumé de la délégitimer. Quelques esprits cocardiers de l’Hexagone, s’y sont employés, mais aujourd’hui, en regard des nombreux documents qui circulent, le calme s’installe peu à peu et les convictions aussi. Il faut rappeler qu’une polémique au sujet des pseudos créateurs de la carte postale faisait rage au sein d’experts et amateurs cartophiles au milieu des années septante. La France, l’Allemagne, l’Angleterre, la Belgique, l’Italie, revendiquait le « droit d’aînesse ». Après des travaux de recherche et les écrits de l’expert de l’Académie postale française, Gérard Neudin, immense contributeur de la propagande de la carte postale universelle, les esprits s’apaisèrent. Cet ancien polytechnicien voua sa vie à la rédaction de plus de 20 argus abondamment traités et imagés. Ces opus demeurent encore de nos jours les plus stimulants et éclairants travaux enrichissant la connaissance de la carte postale et la découverte de ses champs d’investigation. Un exemple : il fut le premier à avoir établi l’inventaire des douze cartes postales illustrées émises par le Bahaus à Weimar en juillet 1923. Cette série star hyper rare de 12 cartes est cotée aujourd’hui, la bagatelle de 70.000 euros ! Kandinsky ,Klee, Feininger, en furent entre autres des illustrateurs. Nous rendons un grand hommage à Gérard Neudin, chercheur cartophile émérite.

Genève connut dans la période 1820-1848 un fonctionnement de gouvernement de type « Diète fédérale », c’est-à-dire fixant les réunions des députés à certains jours fixes. Pour les convocations des réunions, l’administration genevoise utilisait des cartons postaux rudimentaires envoyés aux députés ou conseillers d’Etat d’alors. Les modèles de ces cartes sont reproduites ci-dessous. Cependant, ce qui nous intéresse dans ces cartes c’est leur date d’affranchissement. La première, est signée de James Fazy, Conseiller d’Etat, fondateur du « Parti radical genevois » et du « Journal de Genève ». Elle est datée 1822 ! La deuxième porte l’oblitération rouge 1841 (pré philatélique), année suivant la création du premier timbre postal mondial par l’Angleterre. Ces dates confirment dès lors une existence antérieure à la « Korrespondenze—Karte » de 1869. Ces cartes anti datées ne sont à notre connaissance mentionnées dans aucun ouvrage cartophile, ce qui fait leur originalité et leur rareté. Et comme disait Talleyrand « ça vaut mieux en le disant » ! On connait d’autres bristols antérieurs à 1869 mais qui ne sont pas pourvus de caractères postaux déterminants. La démonstration est ainsi faite que Genève tient une place de ville pionnière de la création de la carte postale et de l’alphabétisation avancée de ses habitants.   

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